Le fondateur

 

Yfaxvja

L'Abbé THEYS (Gilles-François), est né à Braine-l'Alleud en 1755, et fut rappelé à Dieu le 18 mars 1837 à Jumet.
Il fut le fondateur de la Petite église de Namur, Aujourd'hui, la Petite église Catholique Romaine.

 

Ses débuts.

Il avait commencé, sans beaucoup de succès, ses humanités au collège des jésuites, à Nivelles.

Son désir de devenir prêtre l'y ramena, après une interruption de sept années consacrées aux travaux des champs dans la ferme paternelle. Parvenu au sacerdoce en 1785, à l'âge de 30 ans, il fut successivement coadjuteur à Landen, vicaire à Nivelles à la paroisse Notre-Dame, desservant au Saint-Sépulcre en la même ville, vicaire à Thuin, coadjuteur à Huppaye.

Son caractère difficile et obstiné semble l'avoir empêché de se fixer. En 1797, il obtint, par voie de concours, la cure de Jumet, qui dépendait alors du diocèse de Namur. C'était l'époque de la persécution.

Le commencement de l'opposition.

Comme il avait refusé antérieurement déjà de faire les promesses exigées des ecclésiastiques, il refusa de prêter le serment de haine à la royauté, entra dans la clandestinité et fit preuve d'un incontestable dévouement envers ses ouailles. Lorsque l'arrivée au pouvoir de Bonaparte amena une certaine détente religieuse, le curé de Jumet, emporté par son zèle fougueux, ne sut pas toujours montrer la discrétion et la souplesse qui s'imposaient en cette période de transition, et se rendit suspect aux autorités françaises.

Vint le Concordat (1801) ; la paroisse de Jumet fut rattachée au diocèse de Tournai. Pendant une année, jusqu'en 1802, l'abbé Theys entretint la communion avec son évêque et le reçut même dans son église. Mais lorsqu'on interrogea les ecclésiastiques sur leurs sentiments à l'égard du Concordat et de leur évêque, l'abbé Theys répondit qu' « il adhérait au Concordat comme l'entendait le Saint-Père et que,  si Mgr Hirn, le nouvel évêque de Tournai, était en communion avec le Saint-Siège, il l'était aussi avec  lui ». 

Bientôt, il commença à avoir des démêlés avec le chef du diocèse et avec l'administration française. Aussi, quand il s'agit de nommer aux cures, sur les instances du préfet Garnier, d'accord d'ailleurs avec l'évêque, il ne fut pas compris dans la nouvelle organisation du diocèse. Un autre desservant fut désigné pour Jumet et l'abbé Theys, nous sommes alors en l'année 1803, fut destitué. L'abbé Theys ne voulut pas le reconnaître, déclarant que la cure n'était pas vacante.

La clandestinité.

Comme il s'était opposé a cette installation, il dut prendre la fuite pour échapper à la prison. Il trouva asile : à Chassart, puis au monastère de Salzinne, pour échouer finalement chez les ursulines de Namur. Ces dernières, ayant manifesté quelque réticence à l'égard de Mgr de Bexon, récemment nommé au siège episcopal de Namur, avaient été privées par lui de leur directeur ; elles acceptèrent de recevoir l'abbé Theys pour diriger la communauté et leur assurer la messe et les sacrements.

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A Namur, la plupart des prêtres non soumis admettaient la légitimité de l'évêque concordataire, mais lui reprochaient sa souplesse, trop grande à leur gré, en face de l'autorité civile. Sur l'avis de l'ancien vicaire général Stevens, à la suite de l'affaire des Articles organiques, ils avaient estimé devoir se tenir à l'écart du ministère. Quelques-uns, cependant, poussèrent plus loin leur opposition. Pour eux, les évêques, en acceptant le concordat « organisé » qu'ils dénommèrent  « discordât », avaient cessé d'être en communion avec le Saint-Siège et étaient bel et bien des « intrus », comme d'ailleurs tous les prêtres concordataires :

ils étaient de « faux » prophètes cachés sous la peau de » brebis ».  

L'abbé Theys s'en rapprocha et, non content d'entraîner les religieuses ursulines dans la dissidence, prétendit reprendre les rênes de sa paroisse et exerça sa juridiction auprès de ceux de ses paroissiens qui lui restaient fidèles. Il entra aussi en relations avec quelques prêtres du Brabant flamand qui partageaient sa manière de voir.

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Bâtiments des Ursulines (Namur)

 

Le combat contre les "intrus".

Corneille Stevens, après avoir essayé de lui faire croire qu'il faisaient des erreurs, finit par le prendre durement à partie dans son Sommaire du 1er décembre 1806 et l'y dénonça comme schismatique. Loin de se laisser convaincre, les « Frères de la Petite Église », comme s'appelaient les fidèles de l'abbé Theys à Namur, répliquèrent par un pamphlet acerbe, très dur pour l'ancien vicaire général. Le style de ce libelle ne permet pas de l'attribuer à l'abbé Theys. Les deux autres meneurs principaux de la communauté, le Père Jean-François Ruelle, ex-carme, et Morelle, curé d'Erpent, étant venus à mourir, l'abbé Theys, demeuré seul, s'obstina. L'affaire du Concile national, les démêlés de Napoléon avec Pie VII, la détérioration de la situation dans l'Empire firent que les ursulines commencèrent à s'inquiéter; l'abdication de l'Empereur, le ralliement des principaux parmi les prêtres non soumis achevèrent de les troubler. D'accord avec leur directeur, elles s'adressèrent à Rome, mais lorsque vint la réponse défavorable à l'ex-curé de Jumet, celui-ci prétendit avoir été trompé et refusa de se soumettre. Il dut quitter le couvent et s'en retourna dans son ancienne paroisse dont il persista à se dire le seul légitime pasteur.

L'obstination mise par l'abbé Theys à défendre ses idées est véritablement maladive. Il n'avait pas hésité, antérieurement, à écrire à Mgr Hirn et à Mgr de Pisani de la Gaude, le successeur de Mgr de Bexon, des lettres d'une rare audace, leur reprochant d'user en intrus de leurs pouvoirs. En 1814, il eut l'audace de s'adresser au comte César de Méan, ex-chancelier du Prince-Évêque de Liège, pour qu'il obtienne du prélat, son frère, devenu, selon lui, « le seul espoir de l'Église de » Belgique », qu'il fasse à nouveau usage de sa juridiction ! Après Waterloo, il requit le Bourgmestre de Jumet de faire retirer l'intrus qui avait pris la place du pasteur légitime. Devant son refus, il organisa le culte  dans une maison particulière. Il s'adressa successivement au sous-intendant de Charleroi, au gouverneur du Hainaut et au ministre des cultes, ne cessant de prétendre que les actes exercés par les ecclésiastiques depuis le Concordat étaient nuls et devaient être renouvelés par lui, seul curé « canonique » de Jumet. Mgr Hirn finit par se voir contraint de le suspendre de toutes les fonctions ecclésiastiques et défendit aux fidèles d'avoir encore aucun rapport avec lui en matière religieuse.

Comme l'abbé Theys continuait à réunir ses fidèles, le tribunal de Charleroi le condamna à un an de détention ; libéré, il récidiva et sa détention fut prolongée d'un an. Sur l'intervention de Mgr Godefroy, vicaire général de Tournai, il fut transféré de la prison de Mons à la maison religieuse de Froidmont. Durant toute la période hollandaise, l'abbé Theys ne cessa de harceler de ses protestations toutes les autorités civiles. En 1829, on crut qu'à l'arrivée du nouvel évêque de Tournai, l'abbé Theys rallierait ; ses fidèles avaient écrit au prélat en sa faveur et il avait déclaré être prêt à un rapprochement. Il fut prié d'adhérer sincèrement aux 17 articles du Concordat de 1801 et, par conséquent, à la nouvelle organisation : il répondit qu'il acceptait sincèrement lesdits articles mais que, le Concordat ayant été interrompu par la loi du 18 germinal an X, il persévérait à être curé canonique de Jumet. Le tribunal décida alors de le renvoyer pour une nouvelle année à Froidmont. La révolution de 1830 le remit en liberté : il se rendit aussitôt à l'évêché, mais ce fut pour soutenir ses positions en présence de Mgr Delplancq lui-même. Malgré la défense qui lui fut faite d'exercer aucun acte de son ministère, il retourna à Jumet et reprit auprès de ses fidèles toutes les fonctions pastorales.

 

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L’hospice St-Charles de Froidmont

 

Rappel à Dieu.

L'abbé Theys devait mourir le 18 mars 1837 sans se réconcilier. Dans sa profession de foi, écrite le 30 mai 1822, il avait expressément déclaré :

« En » cas de maladie ou de mort imprévue, »

je ne veux aucun prêtre constitutionnel, ou fonctionnaire public soumis, sous quelque masque que ce » puisse être ;
ni que mon corps soit » porté en église... quelconque régie » par ces apostats ; mais bien directement à la sépulture du lieu où je » mourrai, précédé du crucifix et de » quatre ou six pauvres, à chacun desquels il sera donné quatorze sols... »

 

Ralliement impossible

L'abbé Theys est l'auteur d'un petit écrit intitulé Éclaircissements.
Nous ne savons s'il a été imprimé et ne le connaissons que par les citations qu'en donne "Mr Vos" dans ses ouvrages.

C'est une sorte de dialogue entre le curé de Jumet et un paroissien :

"L'exercice public du culte organisé par le gouvernement est la consommation du schisme qui rend « tous ces Messieurs » (lisez les évêques et les prêtres concordataires) intrus ou voleurs et larrons. D'où il s'ensuit que le peuple, en communiquant au culte public, devient aussi nécessairement schismatique et apostat et qu'il ne faut pas les suivre".

L'abbé Theys, modèle de fidélité.

Ses fidèles ont fait de lui un martyr et un saint. Ne voyant que les poursuites dont il était l'objet, sans en comprendre les raisons, ils se sont rendu compte combien il était étonnant que ce modeste curé de campagne ait pu, à la tête d'une poignée de fidèles, tenir seul dans le combat du maintien de la vraie religion.

 

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