Histoire


 

200 ANS D’HISTOIRE DE LA PETITE EGLISE DE NAMUR

 

LA FRANCE DE 1780

En 1780, la France était l'un des royaumes les plus peuplés et potentiellement parmi les plus riches d'Europe.

La France était scindée en trois ordres :

  • la Noblesse,
  • le Clergé,
  • et le Tiers Etat.
     

Les frictions étaient fréquentes entre les 3 ordres, essentiellement en raison du poids fiscal de l'impôt reposant presque exclusivement sur le Tiers.

La France était fortement endettée, gouverné par des ministres incompétents qui mirent la France en état de faillite virtuelle.

Le Roi prit la décision de réunir, le 4 mai en 1789, les Etats Généraux du Royaume : pour sauver le royaume de la banqueroute financière.

LE CLERGÉ DE L'ANCIEN RÉGIME

Le clergé était partagé entre le haut et le bas clergé.

Le bas clergé avait pour origine sociale, très souvent, la paysannerie pour qui la prêtrise était une source d'évolution sociale.

Le haut clergé, issu de la noblesse, il était dit clergé des cathédrales et des abbayes.

Les fidèles emboîtaient volontiers l'avis de leur curé et n'hésitaient pas à railler ces prélats qui ne savaient pas dire la messe.

Tous les membres du Haut clergé n'étaient pas de cet acabit. Il en était de saints hommes qui prenaient très au sérieux leur mission épiscopale de berger spirituel de diocèse. Les ressources du bas clergé avaient pour origine les revenus de cure, et de la dîme.

LA RÉUNION DES ÉTATS GENERAUX DE 1789

Le Roi donna carte blanche aux Etats Généraux, pour sauver la France.

De l'avis unanime il fallait réformer l'État, revoir le système de l'impôt, mieux répartir l'impôt ecclésiastique et remettre en question les privilèges de la noblesse, sources de trop d'abus.

Les débats, prirent rapidement une forme révolutionnaire.

LA REVOLUTION

Le 17 juin 1789 le Tiers-État se proclamait «Assemblée Nationale», le Roi s'inclina...

Le 4 août 1789, la noblesse libérale proposa «l'abolition de ses privilèges». Le 8 août 1789, une commission était désignée pour établir une constitution civile.

La «Déclaration des droits de l'homme et du citoyen» fut votée le 20 août 1789, mettant fin à l'autorité royale de droit divin.

LA VENTE DES BIENS DE L’EGLISE

Le Roi était « Facto » prisonnier de l'Assemblée Constituante. Une fois l'autorité du Roi muselée, la Constituante proposa de mettre à la disposition de la nation les biens de l'Église.

En octobre 1790, l'Assemblée Nationale autorisa la vente des biens de la couronne et du clergé. Ce fut la ruée, il y avait là de quoi rembourser, quatre fois la dette publique de l'État. Hélas, l'arrivée sur le marché d'un parc immobilier aussi considérable provoqua une chute des prix : un hectare de bonne terre se vendait pour le prix d'une motte de beurre. Les acquéreurs se jetèrent sur ce pactole qui ruinait l'Église de France.

1790 : LA CONSTITUTON CIVILE DU CLERGE

Le 12 juillet 1790, l'Assemblée Nationale votait «La Constitution Civile du Clergé».

Les évêques et les prêtres seront à l'avenir élus directement par le peuple, sans devoir nécessairement obtenir, du moins pour les évêques, l'investiture canonique du Pape, c’est la rupture avec les filiations Apostoliques.

1791 LE PAPE CONDANNE LA REVOLUTION

Le Pape Pie VI en 1791 déclara nulles toutes les élections de prêtres et d'évêques. Rares seront les prêtres qui oseront prêter le serment constitutionnel.

Les prêtres non-jureurs furent qualifiés de contre-révolutionnaires. Le Pape répliqua par un bref, affirmant la Constitution Civile du Clergé schismatique et hérétique, et excommunia les évêques et prêtres jureurs.

La France catholique était divisée en deux camps ennemis:

l'Eglise constitutionnelle composée de prêtres ayant prêté le serment constitutionnel, les «jureurs », et ceux qui n'acceptèrent de directives que du Pape et des évêques désignés par celui-ci les « non-jureurs » !

L’EGLISE OFFICIELLE ET L’EGLISE CLANDESTINE

Malgré le Vatican, la nouvelle Eglise constitutionnelle de France s'organisa, élisant prêtres et évêques. Chassés de leurs cures par les autorités civiles de la république, les prêtres insermentés prirent le maquis, et autour d'eux s'organisa une Eglise clandestine.

Les prêtres clandestins continuèrent à célébrer la messe dans des chapelles abandonnées, chez les particuliers ou encore dans les clairières des bois. Les républicains arrêtèrent de nombreux prêtres non-jureurs : enfermements, exil et fermeture des lieux de culte par les autorités civiles.

L'annonce, de l'exécution du Roi le 21 janvier 1793, et les premières persécutions de prêtres renforcèrent encore ces sentiments de répulsion pour la République et ses valeurs laïques.

1793 : L'INSURRECTION DE LA VENDEE

En 1793 les Royaumes d'Europe envoyaient leurs armées pour tuer dans l'œuf l'hydre républicaine qui avait assassiné le Roi.

Des régions entières se soulevèrent contre l'ordre républicain, et, en particulier l'ouest de la France, Bretagne, Vendée, Poitou et Anjou. Ce fut la révolte suivit d’une guerre cruelle où s'affrontaient deux «France» :

  • l'une catholique et royaliste,
  • l'autre laïque et anticléricale.
     

Les paysans des départements de l'Ouest déclarèrent la guerre civile aux autorités de la République. Le 10 mars 1793, le tocsin sonna dans chaque paroisse auquel répondirent les hommes qui marchèrent sous les couleurs des drapeaux blancs frappés du Sacré-Cœur.

L'insurrection commença en Vendée, et de là s'étendit au Poitou et en Anjou. Les insurgés se choisirent des chefs parmi ceux qui étaient aguerris à l'art de la guerre.

Les troupes républicaines se portèrent vers l’Anjou pour combattre l'insurrection royaliste. Mais les paysans tinrent bon, pratiquant une guérilla et profitant de leur connaissance du terrain.

Fin 1793, les évènements prirent une tournure inquiétante, la «Grande Armée Catholique et Royale » forte de 80.000 hommes s’imposa face aux Armées de la République. Les Insurgés vendéens étaient partout chez eux, seules les villes restèrent sous le contrôle des autorités civiles de la République. Le 23 juin 1793 suite à la prise d'Angers par les contre révolutionnaires Paris s'affola et dirigea des troupes en masse vers l’Ouest.

GENOCIDE DES PRETRES ET DES CHRETIENS DE VENDEE

Face au gros des troupes républicaines, les Vendéens furent battus et durent se replier en désordre. Quinze mille hommes et femmes sur dix-huit mille furent tués au combat ou fusillés.

Le général républicain Westermann dira au comité du Salut Public « Il n'y a plus de Vendée ! Suivant les ordres que vous m'avez donnés, j'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé ! ».

L'année 1794 verra la capture et l'exécution des chefs de la rébellion. Capturés en masse, les insurgés seront exécutés, sans procès. Plus de quinze mille Chouans furent ainsi massacrés donttrois mille personnes pour seules raisons religieuses (assistance quotidienne à la messe, port de bannières aux processions et entretien des chapelles et des calvaires).

160 000 FEMMES ET CIVILS MASSACRES

Après plus d'un an de guerre, le comité de Salut Public souhaita une répression exemplaire. On décida la création de douze colonnes républicaines ou «colonnes infernales» chargées d'expurger la Vendée. Les troupes républicaines s'enfoncèrent dans le pays Chouan et exécutèrent environcent soixante mille civils au passage.

Le général DUQUENAY résuma lui-même, par écrit, ses forfaits à TURREAU : « Je suis parti des Herbiers et j'ai fait égorger, dans les communes, à portée de ma route, plus de 100 hommes, non compris les femmes ».

Contre toute attente, le 17 février 1795, la République signa la paix avec les Royalistes.

1795 : L'INSURRECTION DU PAYS DE WAES EN BELGIQUE

En Belgique, la fièvre révolutionnaire avait gagné certaines grandes villes comme LIEGE et BRUXELLES. En 1795 le général JOURDAN, à la tête de l'armée affirme l'autorité française sur la Belgique transformée en départements français.

Le directoire imposa aux nouveaux départements belges, les lois républicaines dont les lois antireligieuses. Les lois antireligieuses faisaient le bonheur des affairistes et des spéculateurs qui s'arrogeaient, à vil prix, d'immenses domaines religieux.

La contre révolution commença dans le pays de Waes, en premier lieu pour des raisons religieuses. La rébellion se transforma rapidement en guerre civile, elle allait durer trois années et sera connue dans l'histoire de Belgique sous le nom de «Guerre des Paysans». Paris dut envoyer une armée pour mâter la rébellion et mettre fin à cette guerre dont les prêtres étaient tenus pour responsables.

Les prêtres, non-jureurs, furent dès lors privés de leurs charges paroissiales, arrêtés, incarcérés et finalement déportés en France sur les pontons de la mort où ils moururent par centaines. D'autres choisirent la clandestinité, la célébration de messes dans des chapelles abandonnées ou chez des particuliers.

1799 : BONAPARTE 1ER CONSUL

A Paris, le coup d'état du 18 brumaire porta au pouvoir Napoléon BONAPARTE, général Révolutionnaire. Il s'imposa rapidement aux autres directeurs par la force des baïonnettes, et fut élu 1er consul à vie le 13 décembre 1799.

Il savait pertinemment que s'il voulait asseoir son pouvoir, il devait rétablir la paix civile et religieuse, d'où la nécessité d'établir avec le Pape Pie VII, une convention de paix religieuse.

Après des tractations longues et pénibles entre représentants du Pape et les représentants du 1er consul, un accord fut conclu.

Les clauses du "Concordat" prévoyaient :

  • la création de nouveaux, diocèses,
  • la démission de tous les évêques titulaires des anciens diocèses.
  • Le Concordat rétablissait le culte catholique en France mais l'Etat nommait les Evêques et le clergé en échange, ils prêtaient serment aux lois de la République.
  • Le Pape, par la Bulle «Qui Christi Domini Vices», accordait à Napoléon le droit de créer une nouvelle Eglise d'Etat Concordataire par la suppression de tous les titulaires de sièges épiscopaux de France, qu'ils soient jureurs ou non-jureurs.

 

1801 : LE CONCORDAT

Signé le 17 juillet 1801 par BONAPARTE, c’est le 15 août 1802, que le texte du concordat fut promulgué au journal officiel.

Le Pape Pie VII, (1800-1823), demanda à ses fidèles évêques de démissionner de leur siège épiscopal il se trouva 37 Evêques sur 103 pour refuser.

Le Pape Pie VII supprima alors les 135 évêchés de l'ancien régime. Démissionnaires ou non les évêques avaient perdu toute juridiction.

L’EGLISE DE BONAPARTE

Bonaparte put constituer à sa guise sa propre Eglise concordataire acquise au nouveau régime.

Les nouveaux évêques concordataires, nommés par Bonaparte, justifiaient toutes les initiatives militaires du régime Napoléonien, même les plus abjectes. L'Eglise concordataire était à la botte du nouveau maître de la France.

1802 NAISSANCE DE PETITES EGLISES DITES : « ANTI CONCONDATAIIRES »

La mise en place de nouveaux épiscopats fut suivie par l'émergence à travers la France et la Belgique, de petits groupes de chrétiens qui refusèrent les termes du concordat.

Ils avaient pour nom «LOUISET» en Bretagne, «DISSIDENTS» dans le Poitou, «JANSÉNISTES» à Lyon, «CLEMENTlNS» en Normandie, « FILOCHOIS » en Touraine, « FIDELES» en Provence, «STEVENNISTE» en Belgique, « PURS» en Picardie. Leur doctrinaire, en France, sera le Père CHAIX, dominicain Lyonnais et en Belgique, Monseigneur Corneille STEVENS, ancien Vicaire général de Namur.

 CORNEILLE STEVENS, FONDATEUR DE LA « PETITE EGLISE ANTI CONCORDATAIRE STEVENNISTE »

Le Père Corneille STEVENS issu d'une vieille famille Wavrienne de magistrats catholiques fit une carrière cléricale au sein du diocèse de Namur. Chanoine et Vicaire général «SEDE VACANTE», il s'opposa dès 1795 à l'ordre républicain français suivant ainsi l'exemple de son archevêque Monseigneur de Frankenberg.

Il quitta sa charge et rejoignit la clandestinité en compagnie d'autres prêtres dissidents. Rejoint également par de nombreux fidèles, il écuma la Wallonie de ses prédications, formant de nombreux groupes de fidèles Stévennistes qui resteront toute leur vie hostiles à Napoléon et à son clergé concordataire.

Il s'organisa et imprima de nombreux tracts. La gendarmerie impériale le traqua sans résultat.

1805 LA PETITE EGLISE EST NEE

Dès 1805, le Père Corneille STEVENS sera le pasteur infatigable de la Petite Église et de ceux qui s'estimaient être les seuls vrais croyants au point d'organiser une Eglise parallèle à l'Église Officielle.

L'Église anti-concordataire comptera de nombreux groupes et communautés de fidèles.

Leur opposition cessa en 1814, lorsque Stevens se rallia à l'évêque de Namur. D'autres " insoumis furent désignés. Parmi eux, il importe de distinguer la " Petite Église de Namur ".

LA PETITE EGLISE SURVIT A SON FONDATEUR - LA PETITE EGLISE DE NAMUR

La Petite Église, continua donc d'exister avec la « Petite église de Namur » dont les membres s'appelaient les « non-communicants » et placé sous l'autorité de l'abbé Gilles François THEYS, ancien curé catholique Romain de Jumet. La Petite Église allait encore se radicaliser.

Esprit brouillon, colérique et tracassier, il refusa d'admettre les Articles organiques et le Concordat et la légitimité des nouveaux évêques. Il mourut sans se réconcilier et la communauté, généralement fanatisée, disparut bientôt après lui, non sans avoir lutté vigoureusement pour empêcher toute réconciliation avec l'Église catholique romaine. Voir la biographie de l'abbé Theys.

LA PETITE EGLISE APOSTOLIQUE DE BELGIQUE – L'OEUVRE DE L'ABBE THEYS SE MAINTIENT !

Sous l'impulsion de Mgr Yvan.T, la Petite Eglise de Namur renaissait de ses cendres sous une nouvelle dénomination « La Petite église Apostolique de Belgique ».

La communauté s'étant repliée sur elle-même, c’est l’esprit conservateur, l’anonymat et la discrétion qui lui auront permise de se maintenir jusqu’à aujourd’hui. La Petite église apostolique de Belgique est aujourd'hui sous la direction de Monseigneur Marcellino Rebolo-Jimenez et de son vicaire général, l'abbé Bovy Gaëtan (aujourd'hui, Evêque et Primat de la Petite Eglise) qui reprit la communauté en réinstaurant la tradition telle que vécue et appliquée lors de sa création deux siècles plus tôt, soit les usages catholiques d'avant les réformes.

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