La Sainte Messe

Explication de la liturgie de la Messe traditionnelle suivie d’un lexique

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D’où vient la messe traditionnelle ?

 

L’essentiel de cette messe nous vient des apôtres, donc du 1er siècle. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la messe traditionnelle, dite de St-Pie V, n’est pas de saint Pie V (1566-1572). Ce pape, dans le prolongement du concile de Trente, n’a fait que codifier ce qui existait bien avant lui. Ainsi, l’ensemble du canon tel que nous le connaissons remonte au moins au Ve siècle. Quant au reste de l’ordinaire de la messe, bien des éléments existent ainsi dans la forme sanctionnée par saint Pie V dès le pontificat de saint Grégoire (590-604); l’essentiel des prières de l’offertoire sera ajouté entre le IXe et le XIe siècle. Enfin, le rite de l’élévation se répandit de façon commune après les attaques de Bérenger de Tours (998-1088) contre la présence réelle.

 

Plan de la messe :

 

Messe des catéchumènes

 

  • Les prières au bas de l’autel
  • L’introït : ou chant d’entrée
  • Kyrie
  • Gloria, récité à toutes les fêtes des saints
  • L’oraison, qui est aussi utilisée pour la récitation de l’office divin.
  • Lecture de l’épître
  • Graduel, Alléluia ou Trait, séquence pour certaines fêtes.
  • Lecture de l’évangile
  • Prédication à certaines messes
  • Credo récité à certaines messes

 

Messe des fidèles

  • Offertoire
  • Préface
  • Canon de la Messe qui enchâsse la consécration
  • Pater
  • Communion
  • Ablutions
  • Postcommunion
  • Bénédiction
  • Dernier évangile (Prologue de Saint Jean)

 

I – Les prières préparatoires

 

Debout au bas de l’autel, le célébrant se reconnaît indigne d’y monter car il connaît la grandeur des mystères sacrés et les dispositions qu’ils exigent. Aussi il est partagé entre la crainte, le désir et la confiance : sentiments exprimés dans le psaume Judica me, qu’il récite en alternance avec les servants ou les ministres. Le titre du psaume 42 (Judica me) est : « Prière pour obtenir justice et être reçu auprès de Dieu. » On ne récite pas le psaume Judica me aux messes des morts, ni au temps de la Passion, à cause du verset « Pourquoi es-tu triste, ô mon âme, pourquoi es-tu dans le trouble ? », puisqu’il faut être dans la tristesse en ces circonstances de deuil.

Le prêtre, plein d’une humble confiance, s’incline et confesse ses péchés pour en obtenir le pardon, en récitant le Confiteor. Cette prière comprend deux parties qui correspondent aux deux fins du sacrement de pénitence : demander pardon pour ses péchés et demander les grâces nécessaires pour mieux résister aux tentations. Les fidèles, ou les servants en leur nom, récitent aussi le Confiteor ; ainsi contrits de leurs fautes, ils pourront mieux participer aux effets propitiatoires du sacrifice. Les deux prières qui suivent le Confiteor sont de simples demandes, elles ne sont pas une absolution sacramentelle.

Le prêtre monte à l’autel en récitant à voix basse une prière où il demande encore la purification de ses péchés.

Il baise l’autel en invoquant les saints dont les reliques sont dans l’autel (ou dans la pierre d’autel pour les autels non-consacrés).

II – Le chant d’entrée (Introït)

 

Aux messes chantées, le chant d’entrée est exécuté par la schola pendant que le prêtre et les servants récitent les prières au bas de l’autel. Avant de lire le chant d’entrée, le célébrant encense l’autel.

L’introït se compose d’une antienne, d’un verset de psaume, du Gloria Patri et de la répétition de l’antienne. Avant le XIe ou XIIe siècle quand les prières au bas de l’autel furent introduites, l’introït était chanté pendant que le prêtre allait de la sacristie à l’autel.

III – Le Kyrie

 

Après l’introït, le prêtre dialogue le Kyrie avec les fidèles ou les servants. Le Kyrie est la seule pièce de la messe conservée en grec. Ainsi dans la messe se retrouvent les trois langues qui sur la croix annoncèrent la royauté du Christ : le latin, le grec pour le Kyrie, et l’hébreu dans les mots amen, alleluia, sabaoth et hosanna.

Le Kyrie exprime le besoin que nous avons d’être rachetés. Chaque groupe ternaire du Kyrie est adressé à l’une des trois personnes de la Trinité. Il est dit Christe et non Kyrie, pour la seconde personne afin de bien souligner le lien entre le Fils et l’Incarnation.

IV – Le Gloria

 

Ce chant symbolise tout l’idéal poursuivi par l’Eglise : la gloire de Dieu et la paix par le Christ et son Evangile. Il est omis aux messes votives, excepté celle de la sainte Vierge le samedi et celle des anges. Il n’est pas récité non plus au temps de pénitence et de tristesse, « parce qu’on n’ose chanter la gloire du Ciel lorsqu’on pleure sa propre misère ou celle des âmes du purgatoire » (St Thomas d’Aquin).

Le Gloria comprend deux parties :

Une action de grâce, adressée au Père par Jésus Christ dans les œuvres de la création et de la Rédemption ;

Une supplication adressée au Fils, qui réalise, nous applique et parfait l’œuvre de la Rédemption. La clause concernant le Saint-Esprit a été insérée plus tardivement.

Le Gloria exprime les quatre fins de la messe :

• Adorer : « Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions. »

• Remercier : « Nous vous rendons grâces à cause de votre immense gloire. »

• Obtenir le pardon : « Vous qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous. »

• Obtenir des grâces : « Vous qui effacez les péchés du monde, recevez notre prière. »

V – La collecte ou oraison

 

Le mot oraison vient du latin orare « prier », et collecte, du latin colligere, « recueillir ». Ce dernier nom est donné parce que la prière est faite pour le peuple rassemblé et en sa présence, et parce que le prêtre y réunit les vœux et sentiments des fidèles, enfin parce qu’elle résume l’esprit et le fruit du mystère ou de la fête. Le texte des collectes des dimanches est souvent très ancien, et remonte aux traditions vénérables des prières récitées dans les catacombes par les premiers chrétiens. S’appuyant sur la théologie, ces oraisons très courtes nous font demander ce qu’il faut et comme il faut. Les oraisons de la messe ont une conclusion dans laquelle sont nommées les trois personnes de la sainte Trinité. Elles sont ordinairement adressées au Père par la médiation du Fils.

VI- Les lectures

 

Ici s’ouvre véritablement la messe des catéchumènes avec ses enseignements, ses chants et la récitation du Credo à la messe du dimanche et de certaines fêtes.

L’épître

 

Depuis le IXe siècle, la lecture de l’épître est réservée au sous-diacre (ou au célébrant), auparavant les clercs ayant reçu l’ordre mineur de lecteur, pouvaient lire l’épître. L’épître est choisie en harmonie avec le sujet de la fête dans le Nouveau ou l’Ancien Testament, ou en fonction d’une lecture à peu près continue de l’Ecriture Sainte. Ainsi les épîtres de St Jacques et de St Pierre sont lues du 1er dimanche après Pâques jusqu’au 5e dimanche après la Pentecôte. Du 6e au 24e dimanche, la lecture des épîtres de St Paul se fait selon l’ordre de la Vulgate. Notons la prédilection de l’Eglise pour la doctrine de St Paul, on compte 106 épîtres différentes de l’apôtre des nations, dont certaines reviennent plusieurs fois, mais seulement 12 lectures différentes de St Pierre, et 135 lectures différentes tirées de l’Ancien Testament.

Le graduel, ainsi appelé parce qu’il se chantait sur les degrés, gradus, de l’ambon ; et aussi parce qu’il est revêtu d’une mélodie soignée, gradalis.

Le graduel est quelquefois seul, mais le plus souvent il est suivi du trait ou de l’alleluia. Il tient le milieu entre le trait, symbole de tristesse, et le joyeux alleluia ; il représente le pèlerinage pénible des enfants de Dieu en marche vers la patrie. Il se compose d’une première partie appelée répons, et d’un verset.

Le trait. Son nom indique la manière de chanter cette partie de la liturgie, tout d’un trait, sans intervention du chœur. Les auteurs du Moyen Âge voyaient dans le trait les accents tristes des Juifs captifs à Babylone. Cette captivité est représentée par l’Eglise, lorsque, à partir de la Septuagésime, elle suspend le cours des cantiques d’allégresse et dit le trait. Cette interprétation semble avoir prévalu, mais si le trait ne se dit qu’au temps de Carême, il n’a rien de lugubre, et la plupart des pièces sont débordantes de joie. Les formules musicales du trait restent peu développées et sont d’origine hébraïque.

L’alleluia, ce mot hébreu signifie, louez le Seigneur. La pièce comprend d’abord le mot alleluia chanté deux fois avec une vocalise, puis un verset, et la répétition de l’alleluia avec sa vocalise. Le verset compris entre les deux derniers alleluia n’est souvent que la continuation des pensées contenues dans le graduel. Comme le trait, il est en rapport avec l’Evangile dont il précède immédiatement la lecture. Aux féries de l’Avent, et de la Septuagésime à Pâques l’alleluia est supprimé. Au temps pascal, le graduel est remplacé par un second alleluia.

La séquence, d’après le latin sequentia, suite. On l’appelle aussi prose, prosa, car c’est un texte vocalisé. Vers le IXe siècle, des maîtres de chant se mirent à composer des textes qu’ils appliquèrent à la mélodie sur laquelle était vocalisé le dernier a de l’alleluia. Au Moyen Âge, on a recensé près de cinq mille séquences, mais de valeur inégale. Saint Pie V n’en admit plus que quatre dans le missel romain, à cause de leur exceptionnelle beauté : à Pâques, à la Pentecôte, à la fête du Saint-Sacrement, à la messe des morts. On y ajouta plus tard la séquence Stabat Mater pour la fête de Notre Dame des Sept Douleurs. Quelques autres séquences propres à certains ordres ou diocèses subsistent encore.

L’Evangile, avant de lire l’Evangile le célébrant (ou le diacre) demande la grâce d’être rendu digne de l’annoncer. Cette prière se réfère à une vision d’Isaïe. Un séraphin tenant un charbon ardent pris sur l’autel, lui en toucha la bouche et dit : « Vois, ceci a touché tes lèvres ; ton iniquité est enlevée et ton péché expié. »

Avant de lire, le célébrant fait un signe de croix d’abord sur le livre au commencement du texte, ensuite sur le front, les lèvres et le cœur. Les assistants font sur eux-mêmes les trois derniers signes de croix. Le premier signe sur le front signifie leur intention de ne jamais rougir de la parole sainte ; le second sur les lèvres, qu’ils sont prêts à la confesser partout ; et le troisième sur le cœur, qu’ils veulent y attacher leur volonté et y conformer leur conduite.

Dès les temps les plus anciens, et certainement dès le Haut Moyen Âge, la lecture de l’Evangile est réservée exclusivement au diacre, et au prêtre. Lors de l’ordination au diaconat, a lieu la tradition du livre des Evangiles : l’évêque prend le livre, l’ordinand le touche de la main droite pendant que l’évêque dit : « Recevez le pouvoir de lire l’Evangile dans l’Eglise de Dieu, pour les vivants et pour les morts, au nom du Seigneur. Ainsi-soit-il. »

La prédication

 

Notre-Seigneur a confié à son Eglise le dépôt de la foi, pour que, avec l’assistance continuelle de l’Esprit-Saint, elle garde saintement et expose fidèlement la doctrine révélée. Cette mission de prêcher la foi catholique a été confiée au souverain pontife pour toute l’Eglise, et aux évêques pour leurs diocèses. Les évêques sont obligés de prêcher personnellement l’Evangile, et doivent se faire aider par les prêtres et les diacres.

La prédication fait partie du culte ; elle a essentiellement pour but de commenter les textes de la messe, non seulement pour les expliquer mais pour les adapter à la vie concrète des auditeurs. Les fidèles doivent être nourris substantiellement. Il est à noter que la prédication appartient aux trois ordres qui seuls peuvent donner la sainte communion, nourriture des âmes, à savoir aux évêques, aux prêtres et aux diacres.

La prédication terminait la première partie du sacrifice ou messe des catéchumènes. On renvoyait alors ceux qui ne devaient pas assister à la seconde partie ou messe proprement dite : les infidèles, les pénitents publics, et les catéchumènes.

Le Credo

 

Après la prédication ou après l’Evangile s’il n’y a pas de sermon, on intercale à certains jours le chant (ou la récitation du Credo). Certains le considèrent comme la fin de la messe des catéchumènes, d’autres comme le prélude à la messe des fidèles.

Le Credo récité à la messe fut élaboré au concile de Nicée (325) et développé par saint Epiphane en 374. Sept ans plus tard, le texte de saint Epiphane fut confirmé par l’autorité du concile de Constantinople, d’où son nom de symbole de Nicée-Constantinople. Son insertion dans la liturgie se fit progressivement à partir du VI e siècle. Il ne fut incorporé dans la liturgie romaine qu’au début du XIe siècle. Le Credo est lu ou récité aux messes du dimanche, aux messes des apôtres et des évangélistes, et à certaines fêtes solennelles.

V – L’offertoire

 

« Offertoire » est un terme de rubrique : il désigne l’ensemble des rites et des textes qui, dans la messe des fidèles, précèdent la réalisation du sacrifice ou consécration. C’est un moment de la messe.

Après avoir dit l’antienne de l’offertoire (qui est aussi chantée par la schola aux messes chantées), le célébrant place le calice hors du corporal, du côté de l’épître, et prenant la patène avec l’hostie, l’élève à hauteur de la poitrine et dit à voix basse une prière destinée à rappeler et à fixer les intentions générales du sacrifice. « Recevez, ô Père saint… »

Le célébrant prend ensuite le calice avec le purificatoire (petit linge qui sert à essuyer le calice et la patène) et se rend du côté de l’épître. Il verse le vin dans le calice. Puis bénit d’un signe de croix la burette d’eau, en récitant une prière et verse quelques gouttes d’eau dans le vin du calice à ces mots : « par le mélange mystérieux de cette eau et de ce vin ». Le terme « mystérieux » indique le caractère surnaturel de cette cérémonie qui signifie mystiquement l’union des fidèles avec Jésus-Christ par la grâce et l’Eucharistie ; union qu’il nous a méritée et réalisée par l’effusion de son sang. « L’eau représente le peuple, et le vin le sang du Sauveur… » St Cyprien. Ensuite le mélange de l’eau et du vin commémore le fait que l’eau a jaillit conjointement avec le sang du côté du Christ, eau qui annonce d’après St Augustin la grâce et le baptême. La troisième raison, tirée de l’usage liturgique, est de signifier le mystère de l’Incarnation, ce qui est la destination première de la prière Deus qui humanæ substantiæ : l’union de la nature divine (le vin, élément noble) à la nature humaine (l’eau, élément ordinaire).

Le signe de croix que fait le célébrant sur l’eau avant de la verser, tombe sur nous-mêmes qui sommes symbolisés par l’eau. Le vin représente Jésus-Christ, qui n’a besoin d’aucune bénédiction et qui, par son union avec son peuple, ne reçoit aucun bien : on ne le bénit donc pas.

Debout au milieu de l’autel, le prêtre élève le calice en récitant la prière Nous vous offrons, Seigneur… Comme la prière pour l’offrande du pain, elle anticipe sur l’acte complet de la consécration.

Le célébrant, les mains appuyées sur l’autel, s’incline et récite la prière In spiritu humilitatis… Après l’oblation anticipée de la victime, les chrétiens doivent s’offrir en union avec elle. La prière se réfère au livre de Daniel (3, 39-40)

Le célébrant invoque l’Esprit-Saint par la prière Veni, Sanctificator

Il se rend ensuite du côté de l’épître pour se purifier les mains, en récitant un fragment du psaume 25. Ce geste a une raison mystique, il exprime la grande pureté qui doit être en l’âme du célébrant au moment de la consécration. Il ne se purifie que l’extrémité du pouce et de l’index, parce que ces deux doigts seuls toucheront le corps de Notre Seigneur.

Revenu au milieu de l’autel, le célébrant s’incline et récite la prière Suscipe, sancta Trinitas…, qui énonce tous les éléments de l’oblation : le sujet à qui elle s’adresse, la nature du sacrifice divin, la part que doit y prendre le Ciel, et les secours que peut en recevoir l’Eglise d’ici-bas.

Le célébrant se tourne vers les fidèles et leur adresse l’invitation Orate, fratres… Le motif principal de cette invitation est de parfaire notre sacrifice et de nous rappeler une fois de plus que si l’oblation du Christ est d’avance agréée, le sacrifice, en tant qu’il est nôtre, est plus ou moins acceptable et fructueux, selon que nos dispositions sont plus ou moins parfaites. Le prêtre se dispose à entrer dans le Saint des saints et prend pour ainsi dire, congé des fidèles vers lesquels il ne se tournera plus jusqu’à ce qu’il ait consommé le sacrifice.

La secrète est une oraison que le prêtre récite à voix basse, elle vient des anciens sacramentaires romains.

VI – La Préface

 

Le mot « Préface » désigne l’ensemble de l’introduction solennelle au Canon allant du Sursum corda au Sanctus. Autrefois, chaque messe, ou presque, avait sa préface propre, développant le thème de la messe. Actuellement, il ne reste que 15 préfaces, plus quelques autres concédées aux diocèses et aux ordres religieux.

A la fin de la Préface, le célébrant élève la voix pour le Sanctus. L’Eglise exalte la sainteté de la sainte Trinité. La première partie du Sanctus est inspirée d’Isaïe (6, 3), la vision par le prophète du Seigneur environné de séraphins qui chantent : Sanctus…

VII – Le canon

 

Le mot « canon » signifie règle. Dans la messe, on l’entend de la partie de l’ordinaire qui suit le Sanctus jusqu’à l’Amen qui précède le Pater. Le texte du Canon se trouve dans sa forme définitive dans des documents remontant au moins au VIIe siècle. Auparavant, si le mot à mot n’était pas conforme au texte actuel, il lui était cependant substantiellement identique : en particulier, la partie centrale depuis Quam oblationem jusqu’au Memento des morts est attestée dès le IVe siècle. L’ensemble est donc de tradition apostolique et universelle. « L’Eglise a institué, il y a bien des siècles, le Canon, qui […] se compose des paroles mêmes de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des traditions des apôtres et des institutions pieuses des saints pontifes » (Concile de Trente, session XXII, chapitre 4).

Le Canon constitue une action qui appartient non aux fidèles, mais au ministre du sacerdoce, seul médiateur officiel entre Dieu et les hommes. Sans doute, par le caractère sacramentel du baptême, le fidèle participe réellement au sacerdoce du Christ, mais il n’a reçu aucun pouvoir sur le corps sacramentel de Notre-Seigneur : le prêtre seul entre donc là où les fidèles s’arrêtent respectueusement, et pendant toute la durée du Canon le prêtre n’entrera pas en communication avec l’assistance, comme dans les autres parties de la messe. Le Canon étant invariable, le fidèle sait toujours ce que le célébrant dit, ce qu’il fait, en suivant dans son missel. Au besoin, un coup de clochette, un mot dit plus haut l’avertisse. A la messe d’ordination uniquement, les prières du Canon sont prononcées à voix haute par l’évêque et les nouveaux prêtres qui en cette occasion unique concélèbrent avec l’évêque.

 

La consécration

 

Au moment le plus solennel du Canon, le prêtre, quittant le ton narratif — que l’on emploie pour raconter une histoire, pour rappeler un souvenir — prend le ton intimatif car il va accomplir une action véritable en prononçant les paroles de la consécration. Tenant la sainte Hostie entre ses mains, il se penche par révérence, il prend appui sur l’autel, qui est le Christ, et prononce distinctement la formule qui transforme le pain au Corps de Jésus-Christ par la puissance de l’Esprit-Saint. Puis, s’agenouillant, il adore le Christ présent sur l’autel et l’élève aux yeux des fidèles afin de leur permettre à leur tour de l’adorer, et l’adore une nouvelle fois avant de le reposer sur le corporal. De même, il prend le calice préparé, et avec les mêmes gestes consacre le vin au Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est de cette manière que le sacrifice de la messe — qui est un vrai sacrifice — est accompli sur notre autel, réactualisant le Sacrifice de la croix. Il subsiste cependant une différence, c’est que sur la croix Notre Seigneur s’est offert en répandant son Sang et en méritant pour nous, tandis que sur l’autel, il se sacrifie sans effusion de sang et nous applique les fruits de sa Passion et de sa mort.

Au même moment où s’accomplit le Sacrifice, est confectionné — pour utiliser le terme théologique — le sacrement de l’Eucharistie. Ce sacrement, le plus auguste de tous, consiste dans l’admirable changement de toute la substance du pain au Corps de Jésus-Christ et de celle du vin en son Sang précieux, de telle manière qu’il contient réellement, vraiment et substantiellement le corps, le sang, l’âme et la divinité de Jésus-Christ sous les espèces — apparences — du pain et du vin pour être notre nourriture spirituelle. Il faut affirmer que c’est le même Jésus-Christ qui est aujourd’hui dans le ciel et qui est né de la très Sainte Vierge sur la terre qui est présent dans le sacrement de l’Eucharistie par la puissance de ce miraculeux changement, que l’Église appelle transsubstantiation. Cette transformation est effectuée par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même à travers son instrument qui est le prêtre. Seul le prêtre validement ordonné peut donc accomplir le Sacrifice de la messe et nous donner la sainte Eucharistie.

VIII – La Communion

 

La récitation du Pater après le Canon est très ancienne. Cette prière est une excellente préparation à la communion par les demandes qu’elle contient. Le Pater est suivi d’un « embolisme », qui est comme une paraphrase de la dernière demande de l’Oraison dominicale. A la conclusion de l’embolisme, le prêtre fractionne l’hostie au-dessus du calice et laisse tomber une parcelle dans le précieux Sang. De même que la séparation des espèces (la double consécration) signifie la séparation du Corps et du Sang de Notre-Seigneur et donc sa mort, la commixtion exprime sa Résurrection, le retour à la vie, l’information du corps par l’âme : le sang pour la Bible, comme pour Aristote, étant considéré comme le siège de l’âme.

Ensuite le prêtre récite l’Agnus Dei, qui est chanté par les fidèles aux messes chantées.

Le prêtre récite ensuite trois prières préparatoires à la communion. Dans ces prières, il prie pour lui-même, et non pas pour les fidèles.

Ayant achevé ces prières, le prêtre fait la génuflexion, puis prend les deux parties de l’hostie. Légèrement incliné, il répète trois fois l’invocation Domine, non sum dignus. Puis il se communie. Après avoir communié au corps du Christ, le célébrant génuflecte et découvre le calice. A l’aide de la patène il ramasse les parcelles qui pourraient se trouver sur le corporal et purifie la patène au-dessus du calice. Ensuite il communie au précieux sang.

La communion fait partie intégrante (non essentielle) de la messe. Elle n’est obligatoire que pour le prêtre, mais à ce point que si celui qui a consacré ne pouvait achever le sacrifice, il faudrait qu’un autre prêtre, même non à jeun, le consommât par la communion. Les prières que le prêtre récite à la communion ont été introduites dans la liturgie officielle vers le XIe siècle.

 

La communion des fidèles

 

Pendant que le célébrant se signe avec le calice avant la communion au précieux sang, le servant et les fidèles récitent le Confiteor. A la messe solennelle, le diacre seul chante le Confiteor. Après le Misereatur et l’Indulgentiam, le prêtre présente une hostie qu’il tient au-dessus du ciboire et dit : « Voici l’Agneau de Dieu : voici celui qui porte les péchés du monde. » Les fidèles disent trois fois avec le prêtre le Domine, non sum dignus. Puis ceux qui communient s’avancent au banc de communion.

 

IX – L’action de grâce

 

Après avoir communié au précieux sang, ou après avoir distribué la communion aux fidèles, le prêtre incline le calice sur le corporal et le servant y verse un peu de vin. Le prêtre récite une prière dans laquelle il demande que notre communion sacramentelle soit en même temps spirituelle, c’est-à-dire féconde en grâces pour le présent, et qu’elle soit un pas de plus vers le salut éternel. Il boit le vin. Ensuite il purifie au-dessus du calice avec du vin et de l’eau les doigts qui ont touché le corps de Notre-Seigneur. Pendant cette ablution, le prêtre demande que la présence réelle le délivre de la souillure du péché et que le sacrement pénètre intimement son âme.

Après les ablutions, le prêtre dit l’antienne de communion – qui est chantée par la schola aux messes chantées – puis la postcommunion, une prière qui exprime avant tout l’action de grâces.

L’Ite, missa est, annonçait autrefois la fin de la messe. De nos jours, il est suivi par une prière à voix basse du célébrant à la sainte Trinité, puis de la bénédiction des fidèles et de la lecture du dernier évangile (le Prologue de l’évangile de Saint Jean).

Lexique

 

  • Amict : linge dont le célébrant se couvre la tête, puis qu’il fait glisser sur les épaules et fixe à la ceinture avec deux longs cordons. L’amict, couvrant les épaules signifie la force contre le démon
  • Aube : longue robe blanche qui descend jusqu’aux pieds. L’aube blanche signifie la pureté
  • Bourse : enveloppe rigide ouverte d’un côté et qui contient le linge sacré appelé corporal.
  • Calice : vase consacré en or ou en argent doré le prêtre y verse le vin qui devient à la consécration le Sang de N. S.
  • Chasuble : vêtement très ample et arrondi qui tombe devant et derrière, et sur lequel est brodée une grande croix. Le prêtre montant à l’autel ainsi revêtu apparaît comme N. S. montant au Calvaire avec sa croix.
  • Cordon : porte un gland à chaque extrémité et sert à fixer l’aube à la ceinture. Le cordon fixé à la ceinture rappelle les liens qui attachèrent N. S. et signifie la chasteté
  • Corporal : linge fin en lin reconnaissable à la façon dont il est plié (en trois dans les deux sens). Le prêtre l’étend au milieu de l’autel, et y pose le calice et la sainte Hostie, c’est-à-dire le Corps de N. S., d’où son nom de corporal.
  • Etole : bande d’étoffe ressemblant au manipule, mais beaucoup plus longue, que le prêtre croise sur sa poitrine. L’étole et la chasuble passées autour du cou signifient le joug du Seigneur, la fidélité à l’Église.
  • Manuterge : petit essuie-mains, ordinairement plissé. Il est présenté par le clerc au lavabo.
  • Manipule : bande d’étoffe que le prêtre porte sur son bras gauche. Le manipule passé au bras signifie les travaux de l’apostolat
  • Nappes d’autel : Ce sont de longues bandes de toile, de lin ou de chanvre. L’autel, pendant la messe, doit être recouvert de trois nappes posées l’une sur l’autre.
  • Pale : petit linge en lin carré et doublé, maintenu rigide par un carton à l’intérieur. Il sert à couvrir le calice.
  • Patène : vase consacré en or ou en argent doré en forme de petit plat, sur laquelle le prêtre dépose la sainte Hostie.
  • Purificatoire : linge en lin plié en trois dans un sens, avec lequel le prêtre essuie le calice, ses lèvres, ses doigts.
  • Voile : morceau d’étoffe carré, avec une croix brodée, sert à couvrir le calice.

 

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